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Bulletin spécial : crise politique en Tunisie

30 July 2021

En Tunisie, le récent limogeage du premier ministre, Hichem Mechichi, et la suspension des activités du Parlement par le président, Kaïs Saïed, ont provoqué une nouvelle crise politique que les partenaires du FEDEM suivent de près.

Cela faisait plusieurs mois que les tensions couvaient en Tunisie en raison de la mauvaise gestion de l’épidémie de COVID-19 par les autorités et de la situation économique et politique désastreuse dans laquelle se trouve le pays. Elles ont atteint un point de basculement le 25 juillet, lorsque le président tunisien, Kaïs Saïed, a pris la décision de démettre de ses fonctions le premier ministre, Hicher Mechichi, et de suspendre les activités du Parlement pour trente jours.

Cette décision a été prise en réponse à la colère qu’ont suscité, au sein de la population, le récent ralentissement économique brutal provoqué par la pandémie et le blocage persistant au Parlement. Si bon nombre des participants aux récentes manifestations contre le gouvernement ont accueilli favorablement cette initiative, certains partis politiques l’ont qualifiée de « coup d’État » et mettent en garde contre le risque de voir la Tunisie prendre un tournant autoritaire.

Les partenaires tunisiens du FEDEM suivent de près l’évolution de la crise. Les médias tunisiens Al Qatiba et Nawaat, qui bénéficient tous deux du soutien du Fonds, ont produit des vidéos explicatives, des articles et des infographies sur les récents événements. Al Qatiba partage régulièrement sur sa page Facebook les réactions que suscite la crise aux niveaux national et international. De son côté, Nawaat a publié un article intitulé « L’avenir incertain de l’Assemblée des Représentants du Peuple », dans lequel il évoque l’avenir du Parlement à l’issue des 30 jours de suspension.

En collaboration avec Meshkal, un site d’information en ligne indépendant en arabe et en anglais, Nawaat a également publié un article intitulé « The protesters who may have helped bring down Mechichi’s Government » (Ces manifestants qui ont peut-être contribué à la chute du gouvernement de Mechichi), dans lequel la parole est donnée à certains des militants ayant participé aux manifestations du 25 juillet, avant l’annonce du limogeage de Hicher Mechichi par Kaïs Saïed.

Inkyfada, une autre publication indépendante en ligne, a diffusé sur sa page Facebook une analyse en images dans laquelle il explique pourquoi la décision du président est conforme à la Constitution, en examinant le discours de ce dernier au regard des dispositions de l’article 80 de la Constitution de 2014. Cet article dispose que le président peut prendre des mesures exceptionnelles si les institutions de la nation et la sécurité du pays sont menacées et si le fonctionnement régulier des pouvoirs publics est entravé.

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La situation en Tunisie est suivie non seulement par des médias indépendants, mais aussi par des ONG et des organes de surveillance. Le 23 juillet, Houloul, partenaire du FEDEM, a publié un rapport sur le système politique tunisien, selon lequel le nouveau système mis en place par la Constitution de 2014 – et plus particulièrement le chevauchement des compétences présidentielles et parlementaires – est la cause principale de l’instabilité politique qui règne dans le pays.

Al Bawsala, un ancien bénéficiaire du Fonds, a publié un communiqué de presse, dans lequel il explique comment l’incapacité du gouvernement à mettre en place une Cour constitutionnelle depuis maintenant plusieurs années a fait naître des « intérêts politiques partisans menant à l’émergence de pratiques antidémocratiques tant dans l’enceinte du parlement qu’en dehors de celui-ci ». Il y est expliqué également qu’une Cour constitutionnelle aurait pu être saisie pour définir les prérogatives présidentielles conférées par l’article 80. Or, cela fait maintenant plusieurs années que le Parlement tunisien échoue à s’accorder sur la composition de la Cour constitutionnelle.

Dans un communiqué publié le 27 juillet, ADL, partenaire du Fonds, a exhorté le président Saïed à établir une feuille de route qui garantira l’état de droit et le respect des droits de l’homme et des libertés tant que ces mesures exceptionnelles seront en place.

D’importantes organisations tunisiennes de défense des droits de l’homme ont également exprimé leur position. L’ATFD (Association tunisienne des femmes démocrates) a souligné qu’il était nécessaire de définir clairement les mesures exceptionnelles annoncées par le président et d’en circonscrire l’application. La Ligue tunisienne des droits de l’homme a annoncé la création d’un collectif de surveillance composé de différentes organisations de la société civile, qui aura pour mission de s’assurer que le président Saïed tient ses promesses concernant le respect des droits de l’homme et des libertés.

Le réseau Mourakiboun, ancien bénéficiaire du Fonds, a appelé à la tenue d’un dialogue participatif entre des représentants du gouvernement, de la société civile et des partis politiques en vue de déterminer les réformes qui pourraient être menées, notamment en ce qui concerne le régime électoral.

À lire également sur la crise politique en Tunisie

« Tunisia’s Leap into the Unknown », de Riccardo Fabiani pour International Crisis Group
« Tunisia’s presidential power-grab is a test for its democracy », de Larbi Sadiki et Layla Saleh pour Open Democracy

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